Nos saints

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La vie des saints martyrs Donatien et Rogatien

Dévotion de la basilique aux Enfants Nantais

Pendant que Dioclétien et Maximien gouvernaient l’Empire (fin 3ème/début 4ème siècle), et abandonnaient les chrétiens à la cruauté de ceux à qui ils avaient donné charge de les persécuter, ces deux empereurs envoyèrent au préfet des Gaules un édit, par lequel il lui était commandé de soumettre tout le monde au culte des dieux de l’Empire, surtout Jupiter et Apollon ; de promettre des récompenses à ceux qui pratiqueraient religieusement les cérémonies païennes et qui offriraient des sacrifices aux dieux, et d’employer les tourments et le dernier supplice contre ceux qui persisteraient à confesser le nom du Christ, afin que la punition des plus opiniâtres retînt les autres dans le devoir.

Il y avait à Nantes un jeune homme, appelé Donatien, d’une naissance illustre, mais plus recommandable encore par sa foi. (…) Dieu lui ayant fait la grâce de reconnaître la vanité des idoles et d’embrasser la foi catholique, il avait reçu le baptême ; et fortifié par les saints mystères, il publiait hautement le triomphe de Jésus-Christ, et répandait dans le cœur des Gentils la semence divine qui avait si heureusement fructifié en lui.

Rogatienson frère aîné, encore idolâtre, fut gagné à la foi chrétienne par Donatien, dans un temps où c’était exposer sa vie au péril le plus évident, que de faire profession d’une religion proscrite par les ordres des souverains (…) Le commissaire, irrité, fit amener Donatien devant lui, et commença ainsi son enquête : » J’apprends, Donatien, que non seulement vous refusez, par une désobéissance criminelle, d’adorer Jupiter et Apollon, de qui nous tenons la vie, mais encore que vous les déshonorez par des discours injurieux, et que, par une prétention extravagante, vous publiez qu’on ne peut être sauvé qu’en croyant en la mort d’un homme qui a été puni du supplice de la croix (…) Modérez-vous là-dessus, et cessez de prêcher inutilement cette vaine doctrine, sinon je vous ferai bientôt trouver la fin de votre vie.  » 

Donatien répondit :  » Si la mort a quelque chose de terrible, ce n’est pas pour moi, c’est pour vous que l’erreur et la fausse prévention engagent dans les ténèbres (…)  » 

Le commissaire commande que le saint fût enchaîné et jeté dans une prison, afin que la violence des tourments ébranlât le martyr et lui fît perdre la foi, ou du moins que son supplice détournât ceux qui en seraient les spectateurs de croire en Jésus-Christ.

Rogatien fut amené au commissaire en présence du peuple, et le commissaire, voulant le gagner par la douceur, lui dit :  » J’ai été informé, Rogatien, que vous voulez abandonner inconsidérément le culte des dieux (…) Mais comme vous n’êtes point encore souillé de je ne sais pas quel baptême, si l’obstination n’a point encore endurci votre volonté, recevez les biens et les honneurs que vous offrent la clémence des empereurs et la bonté des dieux.  » 

Rogatien répondit :  » (…) Tout est perverti dans votre esprit (…) Et vos dieux et vous, vous êtes également insensibles ; eux, parce qu’ils sont de métal ou de pierre ; et vous, parce que vous méritez de ressembler à ce que vous adorez.  » Le juge commande queRogatien fût jeté dans le même cachot où l’on avait mis celui dont il avait reçu cette doctrine extravagante, afin que le lendemain l’épée du bourreau vengeât et les dieux et les empereurs des mépris et des insultes et de l’un et de l’autre.

Rogatien n’éprouvait qu’une peine, c’était d’avoir été prévenu par la persécution, avant qu’il eût reçu le baptême ; mais la foi qu’il avait en Dieu lui fit espérer que le baiser de son frère lui tiendrait lieu de bain sacré(…) Ils passèrent l’un et l’autre la nuit à se fortifier par l’espérance de la couronne immortelle qui devait être le prix de leur confession.

Le lendemain le juge monta sur son tribunal ; et (…), transporté de colère, ordonna que les deux frères fussent tourmentés et disloqués sur le chevalet, afin que, s’ils ne changeaient pas de résolution, ils eussent plus longtemps à souffrir, et qu’ensuite ils fussent décollés. Les ministres de sa fureur, cherchant à lui plaire par un excès de cruauté, après avoir tourmenté les martyrs, leur enfoncèrent une lance dans la gorge, ce qui n’avait pas été ordonné, et puis leur coupèrent la tête. Ce fut ainsi que (…) tous les deux remportèrent une illustre victoire qui les unit à la troupe bienheureuse qui ne se sépare jamais de l’Agneau immortel, auteur et consommateur de leur béatitude.